Journal de Québec: Le secret des récents succès d'Alex Harvey

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PHOTO ALAIN BERGERON Alex Harvey peut maintenant compter sur son «ombre», Lee Churchill, un skieur d’essai jugé essentiel à son niveau. «Il prend des décisions pour moi», résume le skieur québécois.

PHOTO ALAIN BERGERON
Alex Harvey peut maintenant compter sur son «ombre», Lee Churchill, un skieur d’essai jugé essentiel à son niveau. «Il prend des décisions pour moi», résume le skieur québécois.

Il a le même physique qu’Alex Harvey, a déjà été champion canadien junior et skie encore à un haut niveau en plus de marcher 15 kilomètres par jour pour livrer son courrier; Lee Churchill avait le profil tout désigné pour devenir la doublure du skieur québécois.

«Il y a longtemps que je l’avais dans la tête, ce gars-là», avoue Louis Bouchard, entraîneur d’Alex Harvey depuis 10 ans, au sujet de cette perle rare dénichée à Corner Brook, sur l’île de Terre-Neuve.

Quand Bouchard dit «qu’on était rendu là» dans la carrière d’Alex Harvey, il fait allusion à l’embauche d’un skieur d’essai, un atout essentiel dont disposent les meilleurs fondeurs des autres nations. Harvey a maintenant le sien.

Confiance en son «ombre»

Un jour de course, plus d’une heure avant que l’artiste arrive dans sa loge, Churchill teste des skis proposés par l’équipe de farteurs, selon la température, le type de neige et le profil de l’épreuve. Avec ses 6 pi (Harvey fait 6 pi 1 po), ayant le même poids de 75 kg et un style similaire de skieur, il allie ses connaissances du fartage à la faculté de déterminer la cambrure idéale du ski dans les circonstances.

À partir d’une dizaine de paires, il abaisse le nombre d’options à trois. Une quinzaine de minutes avant le départ, les deux hommes skieront côte à côte pour s’entendre sur la meilleure paire de planches.

«Habituellement, ma préférée est aussi sa préférée», indique le double médaillé des championnats du monde de Falun, qui dit avoir acquis une grande confiance dans son «ombre».

«Le but est de tenir Alex le plus possible à l’écart des soucis qui peuvent le déranger dans les heures précédant une course. On a vu la semaine dernière que s’il a les meilleurs skis possible, il peut monter sur le podium quand il est à son meilleur», affirme Churchill, élu l’an dernier au Temple de la renommée des sports de Terre-Neuve, notamment pour avoir été le «Golden Boy» des Jeux du Canada de 1999, avec ses trois médailles d’or.

Projet de 32 000 $

Les ratés du fartage de l’équipe canadienne aux Jeux olympiques de Sotchi ont accéléré la création de cette valeur ajoutée. Dès que Louis Bouchard a obtenu l’assurance que Churchill pourrait obtenir un congé sans solde de son employeur — Postes Canada —, ce projet de 32 000 $ a été ficelé.

Alex Harvey y a mis 10 000 $ de sa poche, Ski de fond Canada a suivi avec le même montant et le reste du financement est venu du Conseil du sport de haut niveau de Québec et d’André Couture, un fidèle donateur du Centre national d’entraînement Pierre-Harvey (CNEPH), à raison de 6000 $ chacun.

«Ça l’a allumé», se félicite aujourd’hui Bouchard, qui connaissait déjà Churchill pour l’avoir côtoyé comme farteur et entraîneur au CNEPH.

C’est ainsi que Lee Churchill, un facteur et heureux père de trois enfants, joue maintenant le rôle de conseiller auprès d’un des skieurs le plus en vue de l’industrie.

«C’est l’affaire de toute une équipe, dit-il humblement. Dans mon cas, c’est d’abord une question de passion. Si j’étais ici pour une tout autre raison, ce ne serait pas un succès.»

 


10 000 $ investis pour un skieur d’essai

FALUN | Alex Harvey ne s’en cache pas: les 10 000 $ qu’il a investis pour un skieur d’essai lui ont rapporté ses deux médailles des championnats mondiaux.

«Au sprint individuel, je trouvais qu’il me manquait un peu d’adhérence après les quarts de finale. C’est Lee (Churchill) qui est allé tester les correctifs qui avaient été apportés parce que, moi, je n’avais pas le temps de le faire. Il a conclu que ça allait être bon pour moi», raconte Harvey, médaillé d’argent à cette épreuve de jeudi dernier.

«Au skiathlon (samedi), je n’ai même pas testé mes skis pour le style libre (skate) parce que je priorisais ceux en classique. J’ai fait entièrement confiance à Lee. Et les skis qu’il avait choisis pour le skate étaient vraiment meilleurs que ceux de tous les autres skieurs en piste», a poursuivi le Québécois, qui a alors terminé troisième.

«Une nécessité»

Cette valeur ajoutée s’était révélée également lors de la deuxième étape du récent Tour de ski. Harvey avait terminé deuxième de la poursuite de 15 km en style classique sur ses «mulets», soit une paire de skis qu’il devait utiliser pour la période de réchauffement. La présence d’un skieur d’essai augmente la circulation d’opinions.

«La conclusion est assez facile à faire. C’est une nécessité», tranche l’entraîneur Louis Bouchard.

«La priorité n° 1 d’ici aux Jeux olympiques, c’est celle d’un skieur d’essai. Quand À nous le podium va demander à Ski de fond Canada: “Quel serait votre projet prioritaire pour Alex Harvey?” la réponse est simple: c’est ce projet-là.»

Source: http://www.journaldequebec.com/2015/02/24/...