Julien Bahain: The Fire Burning / Le Feu Brûle Encore

This article was originally published on Julien Bahain's website.

L'article en français suit.

It’s been eight weeks since surgery. Thirteen weeks since I stopped training in January. I have been very careful and sensible with how I deal with my injury. Cédric Berrest, who knows me better than anyone in the sport, would certainly be very surprised with how patient I have been so far. It seems like I am getting old and wiser. Who knows?

Facing injury and dealing with it is probably the most difficult experience for an athlete and it is one of the hardest things I have had to handle. I can compare it to my worst athlete’s nightmare at London 2012 in some aspects. Why is that? Because it makes you doubt. Doubt on yourself. On your ability and capacity to achieve something again. You feel weak and terribly vulnerable. Your whole world collapses around you and what you have spent years to build seems to vanish.

I was scared and sad at first. Then I felt useless and shameful. And finally I got angry. Not a bad anger but rather a voice inside you saying “never again”. No one likes to be hurt and I am no exception. But doubt remains. Can I row again? Will I be able to push myself deep enough to perform again? Two weeks ago, as I rowed away from the dock, I didn’t dare to get to the catch. Can I trust my body again? I felt so rusty and unfit. And then, little by little, you get confidence. Your boat gets faster. Your heart rate finally starts to go down. No alarm is ringing. I can row, bike, lift weights and I can start erging soon. But there were still questions running in my head. Why do you need to fight again? Do I need to prove anything? I was down on my knees. I should be happy with walking. But instead I am fighting to run and even fly. I asked myself this question: “why are you doing this Julien when you face that mountain of work and hardship?”

And once again, I found my answer in a very similar situation as in 2013. I didn’t know if I had the faith in rowing anymore after what happened in London. While watching the races in Seville (Spain) at European Championships, I felt that fire inside me. I spent hours on that bridge overlooking the course, staring at boats and rowers challenging each other. I saw my French teammates and I intensely wished that I could sit in that boat. And I came back. It took me months after a year off but I came back.
Having my teammates racing last weekend at Spring Trials in Burnaby made me feel the same way. I thought of taking the ferry and watch but I couldn’t do it. I don’t want to be watching, I want to be at the start. I want to row again and get a chance to give my best. Deep inside, the fire is still burning and I start to pace up and down like a caged lion. That is probably a good sign.
This new life experience taught me one thing and gave me the answer to my question: I love what I do. The Beatles may have been right. “All You Need Is Love”.

So once again, I am back. Watch out the fire!

"The adventure goes one..."


    Huit semaines depuis la chirurgie. Treize semaines que je suis arrêté. Je pense avoir été très attentif et sensé dans ma manière de gérer cette blessure. Cédric Berrest, qui est celui qui me connaît le mieux quand il s’agit d’aviron (mais pas que!), serait certainement surpris de ma patience jusqu’à présent. Il est probable que je vieillisse et que la sagesse accompagne les années. Qui sait ?

    Faire face et surmonter la blessure est très probablement l’une des expériences les plus difficiles pour un athlète. C’est en tout cas l’une des plus difficiles que j’ai eu à affronter. Je me suis aperçu que cela était comparable en beaucoup d’aspects à ce que j’ai pu vivre comme cauchemar en 2012 à Londres. Pourquoi cela ? Parce que cela fait douter, douter de soi, de sa capacité et de son aptitude à accomplir quelque chose. On se sent faible et tellement vulnérable. Tout votre monde, que vous avez passé des années à construire, s’effondre et disparaît soudainement.

    Tout d’abord, vous êtes triste et vous avez peur. Puis cela tourne à l’impuissance et à la honte pour finalement faire place à cette colère intérieure qui ne vous lâche pas. Pas une « mauvaise colère ». Non, plutôt cette voix qui résonne et qui dit « plus jamais ». Personne n’aime être blessé et je ne fais pas exception à la règle. Mais le doute subsiste. Pourrai-je ramer de nouveau ? Serai-je capable de pousser de nouveau mes limites au delà du raisonnable pour performer à haut niveau ? Il y a deux semaines, je m’éloignais du ponton en donnant mes premiers coups de rame depuis la chirurgie et je n’osais pas aller sur l’avant et compresser mes jambes et mon dos. Puis-je encore faire confiance à mon corps ? Il semble si rouillé et si peu en forme. Le corps est une formidable création. Petit à petit, la confiance grandit et la machine se remet en route. Le bateau prend de la vitesse. Le rythme cardiaque descend enfin. Aucun signe alarmant. On ajoute les choses pas à pas. Je peux désormais ramer, faire du vélo, de la musculation et bientôt un peu d’ergomètre. Mais les questions continuaient à me trotter dans la tête. Pourquoi continuer à se battre comme ça ? As tu quelque chose à prouver ? Tu étais à terre, tu devrais être heureux de pouvoir marcher. Mais je me bats pour courir et même essayer de voler. Je me suis alors posé cette question : « pourquoi fais tu cela alors que tu fais face à une montagne de travail et de difficultés ? ».

    Une fois de plus, j’ai trouvé ma réponse dans une situation très similaire à celle de 2013 alors que j’avais perdu la foi en ce que je faisais et que je doutais fortement quand à un retour à l’aviron. J’avais fait le voyage à Séville pour le Championnat d’Europe et je regardais les courses depuis le pont surplombant le bassin. Et j’ai ressenti ce feu intérieur. Je voyais passer les bateaux et les rameurs se battre coup pour coup. J’ai vu passer mes coéquipiers français et je voulais au plus profond de moi être dans le bateau. Je suis revenu. Cela m’a pris des mois après une année off mais je suis revenu.
    Mes coéquipiers courraient le weekend dernier aux sélections à Burnaby (Spring Trials) et j’ai ressenti la même chose. Je voulais tout d’abrd prendre le ferry et aller regarder quelques courses. Je n’ai pas pu. Je ne veux pas regarder les courses. Je veux être au départ et ramer de nouveau en ayant la chance de donner le meilleur de moi-même. Au plus profond de moi, le feu brûle encore et je commence à me sentir comme un lion en cage. Certainement un bon signe.

    Cette nouvelle expérience de vie m’aura appris une chose et surtout donné une réponse à ma question : « J’aime ce que je fais ». La passion est le moteur n°1 de la performance. Les Beatles avait peut-être raison alors : « All You Need Is Love ».

    Donc une fois de plus, je suis de retour. Attention au feu !

    L'aventure continue...

      Source: http://www.julienbahain.com/en/blog/80-the...